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Vincent Sosthène FOUDA, universitaire et écrivain camerounais

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 Par Sebastien Ondoua

J’ai toujours adoré le parfum des livres, c’est un parfum qui me rappelle celui de la terre légèrement trempée. Pour moi, la vie serait certainement impossible sans les livres, sans ce parfum! Je dois tout aux livres, c’est en eux et avec eux que j’ai fait mes premiers voyages, c’est aussi grâce à eux que j’ai appris qu’il est possible d’immortaliser ceux qui nous ont marqué… »

On le surprend dans son bureau au troisième étage de l’Institut de la Communication Politique de Paris, rue saint Guillaume. Le parquet est jonché de livres, de coupures de journaux, il s’excuse et ramasse une brassée de livres sur la chaise réservée au visiteur et la range sur l’étagère. Vincent Sosthène FOUDA est à trente ans un homme qui court plus qu’il ne marche, entre préparation des cours de marketing politique ou de communication qu’il dispense, les nombreux articles qu’il rédige pour plusieurs revues et autres magazines, ses publications universitaires et aujourd’hui le roman, nous avons voulu savoir pourquoi une telle boulimie de la publication.

J’ai toujours adoré le parfum des livres, c’est un parfum qui me rappelle celui de la terre légèrement trempée. Pour moi, la vie serait certainement impossible sans les livres, sans ce parfum! Je dois tout aux livres, c’est en eux et avec eux que j’ai fait mes premiers voyages, c’est aussi grâce à eux que j’ai appris qu’il est possible d’immortaliser ceux qui nous ont marqué. Je pense notamment aux écrits de Marcel Pagnol qui me font penser à ma propre enfance, au milieu de mes sœurs, de mes parents qui m’ont tant donné.

Vous ne faites pas que lire, vous écrivez aussi…

Je suis journaliste de formation, et qui dit journalisme dit écriture mais il faut maintenant choisir quel genre d’écriture, j’ai commencé comme étudiant à rédiger des piges sportives puis j’ai écrit pour les magazines féminins, c’était plus facile comme étudiant de réaliser des interviews, j’ai pu ainsi vivre de ma passion. Puis je suis passé à autre chose, la rédaction des articles d’analyses et pour rester dans les livres je me suis essayé à la critique littéraire qui est un exercice fascinant qui vous permet de lire entre les lignes, de cerner le rythme d’écriture d’un auteur. C’est aussi à travers les autres, ces écrivains dont les ouvrages peuplent mon univers que j’apprends moi-même à écrire.

En novembre dernier, vous avez publié un ouvrage sur l’adoption?

Vaste sujet qu’est l’adoption ! les universitaires français marquent très souvent leur entrée dans le monde de la recherche en publiant leur thèse, j’ai découvert que ceci demande beaucoup de travail parce qu’il faut rendre accessible au grand public un travail de laboratoire alors j’ai choisi la méthode américaine, réfléchir sur un sujet tout autre, je suis passionné par la sociologie de la famille aussi est-ce sans surprise que mon premier ouvrage universitaire porte sur la notion de réussite ou d’échec dans la filiation adoptive. C’est un sujet d’actualité, les textes évoluent tous les jours, la société se métamorphose et nous impose un vocabulaire nouveau, un mode de pensée nouveau, le sociologue n’anticipe pas il suit, il analyse et livre la société telle qu’elle est avec ses doutes, ses angoisses, ses attentes et ses espoirs. C’est ce que fait cet ouvrage. Avec lui, je me suis mis la pression, je sais aujourd’hui que certaines personnes vont dans les librairies pour voir si j’ai publié autre chose entre temps, c’est excitant ! ça donne envie de travailler.

Etes-vous un homme qui vit dans l’angoisse et le doute?

Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert avec l’histoire qui est la mienne que je suis attiré par l’éphémère ! Les intellectuels que j’admire ont quitté la scène très tôt, ils n’ont fait qu’effleurer l’existence, comme si l’essentiel était ailleurs pour eux, je pense notamment à Simone Weil, David Diop. Je suis fasciné par la mort, cette absence de vie majestueuse, orgueilleuse, mais derrière cette fascination se terre l’angoisse existentielle, la peur de disparaître comme un vol d’oiseau sans laisser de trace. C’est certainement cette idée qui m’oblige à me faire violence tout en me faisant plaisir, prendre une feuille blanche et y laisser des traces avec un stylo, coucher sur une feuille des idées abstraites qui prennent une forme, la forme de la vie, le concret. Oui je connais l’angoisse et le doute.

Vous publiez pour cette rentrée littéraire votre premier roman déjà salué par vos pères comme « un des faits majeurs de cette rentrée », vous êtes avec la Sénégalaise Fatou Diome l’un des écrivains africains les plus cités dans le cercle de Saint Germain-des-pré. Parlez nous de la genèse de ce roman.

Vincent Sosthène FOUDA, universitaire et écrivain camerounais dans culture couv_sfoudaC’est une histoire banale comme il s’en déroule tous les jours dans les quatre coins de la planète, sauf que là elle ne passe pas inaperçue. Un vieil homme qui croit avoir tout donné raconte ce qu’à été sa vie à son petit fils, il lui parle du siècle passé, siècle dans lequel il a vu le jour, il jette, au soir de sa vie, un œil sur le siècle qui s’ouvre. C’est l’histoire banale d’un homme qui se veut d’ici, l’Occident avec sa carte d’identité, son monde universitaire, son petit monde d’africains en quête de vie, c’est aussi l’histoire d’un homme qui se veut de là-bas, de l’Afrique qui l’a vu naître, celle où reposent les siens. Mais ai-je vraiment parler de la genèse de ce roman? Dans le Rétroviseur est une interrogation sociologique sur le devenir de l’homme noir dans une société occidentale dans laquelle rien n’est fait pour qu’il ait une place. J’ai rencontré un jeune éditeur (Thélès) qui a bien voulu réunir toutes ces interrogations, je voudrais d’ailleurs lui dire merci. Alexandre Mare puisqu’il s’agit de lui dirige une maison d’édition à taille humaine, il vous pousse afin de donner le meilleur de vous. C’est important dans ce monde où la mondialisation oblige à ignorer ce qui se passe sous votre nez.

Vous sortez en même temps un ouvrage sur les médias et la politique en Afrique…

Autant je ne me considère pas comme un écrivain, je laisse volontiers cette place à ceux qui ont ce mérite, autant je pense qu’entant que chercheur j’ai le devoir de mettre à la disposition de la communauté scientifique les résultats des différentes recherches faites en Afrique dans des domaines divers et variés surtout que j’ai bénéficié de nombreuses bourses. Les Médias et la Politique en Afrique est un ouvrage de sociologie politique qui situe à partir des enquêtes de terrain les liens qui existent entre ces deux instruments de mobilisation et de socialisation que sont les médias et le politique.

Il y a une omniprésence du Cameroun dans vos écrits, quel rapport entretenez-vous avec votre pays d’origine?

Un rapport d’amour ! Tout ce qui touche au Cameroun m’émeut, tout ce qui touche au Cameroun m’intéresse. La mort de Marc Vivien Foé comme le décès d’une trentaine de jeunes camerounais au retour d’un match de championnat de vacances à Obala. C’est aussi les succès au quotidien de mes compatriotes dans le monde universitaire, dans le monde économique et j’en passe. Je suis d’une génération qui a un autre rapport avec la terre de nos ancêtres, expression qui revient dans l’hymne national du Cameroun, je suis un fils du père Engelbert Mveng à qui j’ai d’ailleurs dédié mon ouvrage sur les médias et la politique en Afrique noire. Je serai au Cameroun dans les prochains mois pour une signature de trois de mes ouvrages que je n’ai pas encore eu le temps de présenter aux lecteurs camerounais. Je compte aussi prendre des enseignements dans une université camerounaise bientôt. J’ai une dette envers mon pays et je ne crois pas être le seul dans ce cas.

Pour terminez, je vous demanderez de nous dire si vous avez un livre de chevet?

(…) Les Essais de Montaigne, j’aimerais comme le maire de Bordeaux passer mon existence mouvementée sans fracas, mais je sais aussi que je ne serai jamais l’auteur du bréviaire des honnêtes gens de mon pays. Le plus important pour moi c’est d’avancer non pas en eau trouble ! non vers la terre ferme et dans le visage triste d’un enfant y mettre un peu de joie.